La prison enchantée ; l'histoire de la lente descente un enfer d'un homme. Ce texte a participé à un concours de nouvelles en 2006

LA PRISON ENCHANTEE

 

Introduction :

Aujourd’hui, 19 avril 2005, je suis libre. Trois ans ! Trois que j’étais enfermé. Malgré mes efforts, je n’étais pas libre. Je ne sais plus très bien comment et quand cela avait commencé. Un ensemble de causes ayant des conséquences plus dramatiques que je n’aurait pu y penser.

Tout a dû commencer au lycée. A ce moment rien de vraiment important, juste le début d’un chemin qui m’a mené là où je me suis trouvé enfermé pendant toutes ces années. Le début de la fin en quelque sorte…

 

Chapitre 1 :

Je me souviens, a l’époque j’étais au collège, j’étais timide, sans doute trop, et je ne m’ouvrais pas aux autres. Pendant les pauses, je restais souvent seul, personnes ne venaient me voir, et je n’allais voir personnes. Une espèce d’entente cordiale était signée entre moi et les autres –je ne les importunais pas et ils ne s’occupaient pas de moi-. Cela fonctionnait bien, malgré la solitude qui m’envahissait. Quand on est dans un collège réputé difficile, on fait ce que l’on peut pour ne pas croiser certaine personne, ou du moins pour qu’elle ne vous remarque pas.

J’ai toujours eu du mal à m’intégrer. Peut être était-ce moi qui avais du mal à aller vers les autres ? Peut être était-ce les autres qui avaient du mal à m’accepter ? Quoi qu’il en soit, j’ai toujours été seul, mis à par quelque copain ; pas des amis, juste des copains. Quand je rentrais chez moi, je n’avais pas d’amis à appeler, personne à qui raconter ma journée. Mes parents rentraient tard le soir, et comme j’étais fils unique, la seul chose que je faisais pour passer le temps, c’était de travailler, réviser. Evidemment j’avais de bonnes notes, mes parents étaient fiers de moi, mais c’était une raison de plus pour les autres de me mettre de coté. Je me suis vite rendu compte, que les études ne m’aideraient pas à m’intégrer. Alors le soir, au lieu de travailler, je jouais à des jeux vidéos. Cela m’occupait, et j’oubliais les autres, mes malheurs. Bien sûr mes notes s’en sont ressenties et les autres ne l’acceptaient pas pour autant, mais je continuais quand même à jouer, cela me permettait d’oublier. Quand j’étais en train de jouer, j’étais comme dans une bulle, rien ne m’atteignait, mais je n’atteignais personne.

 

Chapitre 2 :

Arrivé au lycée les choses n’ont pas vraiment changées, enfin pas tout de suite. Entre « amis de la solitude » on se regroupait parfois –à plusieurs on se sent plus fort- mais nous n’étions pas amis entre nous et nous ne nous voyions pas en dehors du lycée, Mais au fur et à mesure, nous avons appris à nous connaître, nous avons découvert que nous avions des points communs, même si au départ ils n’existaient, que par l’absence de quelque chose. Nous avons donc commencé à essayer de remplir cette absence, ce vide. Pour essayer de faire comme les autres, nous avons commencé à fumer, mais cela ne comblait rien du tout et nous nous sentions d’autant plus vide.

Au bout d’un temps, j’avais l’impression de faire parti d’un groupe –car nous commencions à vraiment en former un :-

 -Il y avait Justine qui avait été placé en famille d’accueil à l’age de cinq ans, car ses parents ne pouvaient plus s’occuper d’elle. Son père était en prison. Cela devait être grave, car elle n’a jamais voulu nous dire pourquoi. Sa mère était en centre de désintoxication. Alors elle naviguait entre les familles d’accueil, d’ici et de là. Elle n’est jamais restée plus d’un an au même endroit, et n’a jamais réussi à se faire des amis. En apprenant à la connaître, je me suis rendu compte qu’elle n’avait plus confiance envers les adultes. Avec tout ce qu’elle avait vécu, il y avait de quoi comprendre. A chaque nouvelle famille d’accueil, son assistante social lui disait que cette fois-ci elle pourrait rester plus longtemps et à chaque fois elle devait partir, avant d’avoir pu se faire des amis. Alors au fur et à mesure, elle s’est enfermée dans les livres. Elle aimait lire et passait tout son temps libre avec eux. Elle disait que seul les livres la comprenaient, ce que moi je ne comprenait pas à l’époque.

 -Il y avait aussi Vincent. Lui avait passé plusieurs mois dans des maisons de corrections, pour diverses raisons. Il nous a dit qu’il y avait eu des affaires de trafiques de drogues et de vol à l’étalage. Il m’enviait, il aurait voulu être à ma place. Il aurait bien aimé que ses parents aussi rentre tard le soir et surtout ne s’occupe pas de lui. Je n’arrivais pas à comprendre ceci mais un jour il m’a confié que ses parents le frappaient. C’est pour ça qu’il n’allait pas voir les autres, ou plutôt qu’il frappait les autres, pour se protéger. Lui non plus n’avait pas confiance envers les adultes. Comment leur faire confiance quand vos propres parents sont vos pires ennemis ? Lui il ne s’est pas enfermé dans les livres ni dans les jeux vidéos, il a plongé la tête la première dans la drogue. Il disait qu’avec la drogue tous les rêves étaient possible, qu’il suffisait de fermer les yeux et que tous nos soucis s’éteignaient, aussi facilement que l’on éteint une bougie en soufflant dessus.

 

 Chapitre 3 :

Nous passions de plus en plus de temps ensembles. Nous commencions même à nous voir le week end, dans ce que nous appelions « nos soirées ». En fait, nous passions toute la soirée, chacun dans notre coin, ne s’occupant que de nos passe-temps préférés. Moi aux jeux vidées, Justine à ses livres et Vincent à ses joints. Puis, tout doucement, on a commencé à découvrir le passe temps des autres. Les livres me racontaient ce dont j’avais besoin d’entendre, les jeux vidéos me défoulaient et les joints me délassaient. Lentement, sans que nous nous en rendions compte, le délassement a pris de plus en plus de place dans nos soirées, allant même jusqu’à masquer nos autres plaisirs. Sans rien pour nous défouler. Sans rien pour nous raconter ce dont on avait besoin. Nous avons de plus en plus consommer et nos soirées se sont transformées en journées.

 

Chapitre 4 :

Un jours, sans que nous nous en apercevions, les joints ne nous apaisaient plus assez. Nous avons donc goutté à autre chose. D’abord l’ecstasy puis les champis mais à chaque fois cela finissait par ne plus nous apaiser. Alors nous avons commencé à dérailler. Nous consommions cocaïnes et héroïnes. Au début juste en sniffant. On disait qu’on ne ferait jamais autrement, que c’était trop dangereux. Puis un jour, je ne sais plus qui, peut être moi, peut être Vincent, cela n’a plus d’importance. Quelqu’un a ramené une seringue. Juste une fois. Mais avec l’héroïne rien ne va qu’une fois. Alors les intraveineuses se sont faites de plus en plus couramment, pour finir par devenir notre unique but de la journée.

 Un jour normal se déroulait à peu près ainsi :

 -Le matin, on essayait de trouver quelque chose à acheter. On allait voir nos soit disant amis qui profitaient de notre dépendance pour nous refiler ce qu’ils avaient de pire.

 -L’après midi, on se faisait nos fixes, de quoi tenir le coup, essayer de redevenir à peu près normal. On ne cherchait même plus à s’apaiser.

 -Le soir, on cherchait de l’argent. Justine, restait sur les trottoirs. Une jeune fille de dix sept ans ça attire les pervers ! Vincent et moi on volait. On braquait des gens dans la rue. Surtout les costards cravates, ça rapportaient d’avantage. Mais on cambriolait aussi les grandes maisons bourgeoises

 Nous n’avions plus le temps d’aller au lycée. D’ailleurs, le lycée ne nous voulait plus. Nous ne rentrions même plus chez nous. Vincent avait fugué de chez lui un soir où son père avait frappé de trop. Justine ne supportait plus sa famille d’accueil. Mois je pensais que mes parents ne se rendrait même pas compte de mon absence.

Chapitre 5 :

Au fur et à mesure que les jours progressaient, nous nous enfoncions de plus en plus dans l’enfer de la drogue. Les jours se suivaient… et se ressemblaient. Toujours la même routine, les mêmes actions. Les squattes que nous occupions devenaient à chaque fois plus insalubres. Notre travail prenait encore et encore plus de temps.

Justine commençait à ne plus choisir ses clients. Elle devenait esclaves de ces pervers qui l’utilisaient, qui l’exploitaient. De notre coté nous la poussions à accepter avec ou sans préservatif. Le peu d’argent que Vincent et moi rapportions suffisait à peine à couvrir le peu de nourriture que nous consommions. Quelques yaourt par jour et surtout de l’alcool, pour résister jusqu’à la prochaine injection. Sentir le produit dans nos veines, se diffuser dans notre corps, atteindre notre cerveau et l’espace de quelque instant nous soulager. Cela ne durait que quelques minutes, quelques heures, je ne sais pas, je ne sais plus. Mais rapidement le mal revenait et envahissait chaque parcelle de nous même. Il n’y avait plus ce plaisir de consommer, juste un besoin de se sentir un peu plus normal.

Nous avons bien pensé plusieurs fois à raccrocher, rentrer chez nous. Mais il y avait toujours quelque chose qui nous retenait. Nous n’avons jamais vraiment réussi à décrocher. Il y a bien Vincent qui y est arrivé. Mais l’appel de l’héroïne se faisait trop oppressant. Alors il est revenu. Les squattes insalubres, les larcins, les injections… Un cycle sans fin, un mouvement perpétuel.

 

Chapitre 6 :

Nous avons dû vivre comme ça plusieurs mois. Peut-être un an ? Peut-être plus ? le temps n’avait plus de sens. Plus rien n’existait autour de nous. Nous ne savions pas ce qui se passait. Ce qui arrivait sur ce monde qui nous avait rejeté. La bulle que nous avions construite, pour nous protéger des autres, avait fini par nous enfermer sur nous même. Nous nous sentions condamné. Nous ne voyions rien qui aurait ou nous faire sortir de notre prison enchantée. Le rêve que nous nous étions forgé, c’est peu à peu transformé en cauchemar. Le soir, lorsque nous fermions les yeux, il ne se passait plus rien. La magie des premiers joints avait disparut. Elle ne laissait place qu’à un vide, que rien ne pouvait combler. Je m’étais condamné à de la prison ferme. Sans savoir pour combien de temps. Imaginez un prisonnier, enfermé dans sa cellule de neuf m². Pour simple vu sur le monde trois ou quatre miradors, l’empêchant de voir de l’autre coté de ce mur qu’il a franchi. Imaginez ce prisonnier, sachant quand il est entré mais ignorant quand et s’il pourra sortir. Pour oublier ce que nous étions devenu à cause de la drogue, nous nous droguions. Un cercle vicieux c’était mis en place. Rien n’aurait pu le briser.

 

Chapitre 7 :

Une de trop pour Vincent. Il est mort, il est libre. Les choses changent. Mais je me drogue, encore. Pas si simple d’arrêter.
Nous ne sommes plus que deux dans le groupe. Justine enceinte, ne peut, ne veut plus faire le trottoir. Je prends des risques, pour nos besoins. Je cambriole en journée. Je rackette aux lycées… Mais le fric entre moins. Les besoins augmentent. Les risques aussi. Je suis invincible. La drogue me protège.
Un jour, hélas. Ou heureusement. La cambriole de trop. Police. Là.
A mon jugement. Je suis coupable. Que fait un toxico… face aux autres ? -Rien !-

 

Epilogue :

Aujourd’hui, 19 avril 2005, je suis libre. Trois ans ! Trois ans que l’étais enfermé. Malgré les apparences, je n’étais pas libre. Oui, aujourd’hui je le suis. Je viens d’entrer en prison.

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site